Ami lecteur, amie lectrice, qui que tu sois, sois le/la bienvenu(e).


Bruxelles, cité européenne, véritable pot-pourri de civilisations a bien des histoires, petites ou grandes, à raconter au curieux.

Jacques De Cerisy plonge dans le passé chaotique de cette ville, retrouve les visages disparus de ceux qui ont fait son Histoire et rapporte leurs gestes effacés par le temps.

Sous des dehors parfois tristes, la cité cache de l’exotisme et de l’extraordinaire. Presque partout surgissent les souvenirs, souvent indirects, la ville a tellement changé. Mais qu’à cela ne tienne, la mémoire est là. Les lieux ont disparu mais les endroits demeurent, cela suffit pour raconter cet autrefois…

« …c’était au temps où Bruxelles… »



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mercredi 2 mai 2012

L'incendie du palais des ducs de Brabant


Dans les caves du palais, pendant la nuit du 3 au 4 février 1731, éclata un terrible  incendie qui se propagea avec tant de rapidité, qu’en peu d’heures il ne resta de cette vaste et célèbre résidence des ducs de Brabant qu’un amas de décombres.  Des immenses richesses de toute nature qui y avaient été accumulées depuis des siècles, il ne restait plus rien.  La perte la plus regrettable fut celle des nombreux tableaux de Rubens que contenaient la galerie.  A la destruction du palais, échappa, par miracle, la magnifique chapelle, chef-d’œuvre d’architecture, construite sous le règne de Charles-Quint.  Elle continua à subsister jusqu’en 1775. Elle fut démolie, lorsqu’on construisit sur son emplacement et sur celui de la cour des Bailles qui annonçait le palais, l’actuelle place royale et le parc.  La lettre suivante adressée au prince Eugène par le général de Bauffe, ingénieur en chef de la cour est un rapport exact et détaillé sur ce désastre.

Le palais accompli

L’orthographe du général, ne parlons pas de son style, est quelque peu excentrique ;  il n’est pas conseillé du tout de la suivre.  - C’est d’époque - J’espère l’avoir cependant respectée - sans faute ou presque - demandant par avance au lecteur et au général, de bien vouloir me pardonner, si par hasard, manie, distraction, ou encore par habitude seulement, j’ai rectifié certains mots.  Mais tout cela n’est qu’affaire fort secondaire – besogne de spécialistes -  anecdotique tout au plus, oublions vite cela.  Le plus important ici, est le contenu, un témoignage plus que vivant sur la disparition de ce palais extraordinaire qui fut la fierté de ses occupants et le témoin de l’histoire de l’Europe pendant plusieurs siècles.

Au temps de Maximilien

«   Monseigneur,
Je ne doutte pas ou Votre Altesse aurat appris la facheuse nouvelle de l’incendie arrivée  a la cour de Bruxelles, la nuict d’entre le 3 et le 4 courant, ou le feu consomma par ses flammes en six heures de tems tout le palais entier, sans rien avoir laissé autre que les murailles de la cour d’entrée, ou etoit l’horloge, les murailles du salon et ceux de la chapelle avec sa voutte ; et j’ai fait massonner dans la cave des murailles sous les pilliers qui soustiennent ceux de la chapelle, qui etoient calcinnez par le feu du magasin a charbons, que s’ils auroient croullé, la belle chapelle auroit sans doutte croulé de meme, ce qui est présentement rasseuré.  Il ne reste aucunne muraille en son entier, tout est brulé, calcinné et croulé jusqu'à raze des fondements ; pour les batir on doit commencer du bas, et le peu de murailles qui restent, doivent etre jettées  embas ou elles tomberont avec le dégel.  L’on croit cet accident arrivé par les domestiques du cotez de la cuisinne ou confiturerie, ce qui d’ordinaire arrive que de cent incendies nonante neuf proviennent de la negligence des domestiques.  Les sentinelles de douze a deux heures n’ont rien vus ny entendue, ceux qui ont relevé a deux heures, ont entendue le quart apres sonner une cloche d’argent au quartier de S. A., qu’on suppose d’elle ; un moment apres on entendit du bruit du cotez des archers, qui s’etoient appercus de la fumée, la sentinelle criat alerte, et tira deux coups de fusil, l’officier de garde envoia reconnoitre, dabord on s’appercut du feu, il fit toucher l’alarme autour des bailles de la cour, envoiat avertir le gouverneur, major de la place, et fit hurter à l’abbaye de Caudenberg pour qu’on auroit donné le toxin avec les cloches, mais comme l’abbaye est dans un bas, il fut pres de trois heures avant qu’ils ne l’aient touché.  Pendant ce tems, etant lors environ deux heures et demy, l’officier envoya des grenadiers dans le quartier de S. A. ou ils trouverent les portes fermées et avoient avec eux des archers, un valet de garde de S. A. qui etoit en dedans, accourut ouvrir la porte, et un grenadier se tenant prêt a entrer dabord la porte ouverte, une fumée mellangée de flames lui brula le poil de son bonnet et de sa moustache.  La serenissime archiduchesse etant deja en allarme, n’eut que le tems de chausser un bas, mettre une juppe, et une robe de chambre fort legere, et se retira du cotez de la chapelle, ou elle resta tres peu, et fut ensuite chez le prince de Rubamprés, et comme le feu pour lors commencat a paroitre par plusieurs fenêtres, se communiquant de l’une des chambres à l’autre, par les plancher et boiseries, qui etoient tous d’un vernis qui prend feu comme la poudre, tout etoit en flammes, vers les trois heures le vent assez fort qui emporta des charbons jusqu’à sur le toict de la maison ou etoit Son Altesse l’obligea de se retirer à l’hotel d’Orange, ou elle est encor presentement.  Depuis les deux heures un quart jusqu’à vers les trois heures l’on sauva des papiers, quelques meubles, et deux coffres en lequel on jugea qu’il y avoit de l’argent par rapport à leur pesanteur, qui furent portez à la garde et ensuitte transportez au palais d’Orange avec d’autres meubles, mais les principaux sont restez et consommes dans les flammes.  S. A. at aussi eu une cassette ou il y avait une partie de diamants, mais comme le lendemain on devoit donner bal a la Cour, on avoit garnis un habit de diamants pour S. A., lequel at été consommez dans les flames, et l’on a decouvert hier les cendres des gallons et franges dont led habit etoit garnis, et trouvez dans la poussiere qu’on fait tamiser 20 diamants et aujourdhuy neuf, partie obscurcis par le feu, et d’autres pas, mais ceux qui sont attaquez du feu, ne coutront que la peine de les faire passer sur le moulin et r’auront leur lustre comme devant, et n’y aura de perte qu’environ huit grains par cent.  Lade Altesse avoit eu un present de la Reine de Portugal de pierres precieuses de differentes couleurs qu’on croit n’avoir pus resister aux flames.  L’on vient de trouver 10 goblets d’argent vermeil, hors desquels boit S. A. La dorure est gatée, mais rien d’offensez aux goblets.  Les diamants restez dans les flames ont etez en trois differents endroits, ce qui causerat un travail de long haleine parcequon doit allez a petit pas et tamiser le tout.  l’on a mis des sentinelles a l’entour du palais, affin que personne n’en approche, et la ou sont les diamants l’on a 2 adjudant de la cour avec des domestiquez affidez qui restent jour et nuict sur le lieu, on leur a fait une loge de planche, et observent les cinque ouvrierz qui ostent et transportent les débris, n’en pouvant pas mettre davantage, pour pouvoir bien observez.  Dans l’intervalle du feu un chacun y est venus, mais il etoit un peu tard par rapport qu’il etoit les deux heures et trois quarts avant que les cloches de la ville n’aient sonnez le toxin.  Le gouverneur y fut des premiers, et n’avoit guerre de monde pour l’assister du commencement, et comme le feu etoit si violent par les boiseries vernies, comme j’ai dit cy devant, et que le vent contribuait, de meme que la seiche gellée, qu’un chacun avoit ses appartements separez par des planches de sapin, de meme que le grenier, remplis du bois d’un theatre, fait pour l’inauguration de S. M. , enfin tout contribuoit pour la devoration de ce palais.  L’on eut 2 pompes ou seringues, qui etant remplies d’eau n’etoient pas en etat, et celles de la ville et couvents arrivant seulement vers les trois heures, le feu etoit deja pour lors pres du corp ,de garde, ou on les fiit jouer sans effect a cause que le feu etoit trop violent, et tout ce qu’on put faire fut d’empescher que le feu ne prenne aux maisons de Borgendall et a l’eglise de Caudenberg, pour lesquels le comte de Wrangel, accompagnez du duc d’Aremberg, fit abattre une maison, comme aussi la gallerie de communication de la cour a l’eglise de Caudenberg, et celle du cotez du grand salon allant chez l’audiencier Cuvelier, et l’on fit venir des canons et poudre pour s’en servir au besoin.  Il y eut quelque petitte mesentende entre les bourgeois et les militairs, qui fut dabord finie, c’est que beaucoup de petittes gens, femmes et enfants, qui dordinaire ne viennet que pour voire ou pour voller, les soldatz qui devoient garder les meubles et paiers qu’on apportoit, etoient obligez deloigner ce peuple inutile, et laisser approcher les ordres mandiants et gens de metiers ; telles affaires ne peuvent jamais etre conduittes sans confusio.  Le comte de Wrangel avoit commencez de tenir les informations, mais la cour lui at ordonnez d’en desister, se contentant d’un malheur sans vouloir enn attirer dautres.  Ainsi qu’on fut temoin dun si grand desastre qui ne finit qu’après que tout fut brulé, reservz le magasin aux charbons dans la cave sous la chapelle, qui a brulez jusqua Samedy passez, ou depuis Lundy j’ai fait massonner pour asseurer la chapelle d’un croullement.   La jeune comtesse d’Ullefeldt y a perdue la vie avec ses 2 filles de chambre ; elle est enterrée aux Pères Jesuites, regrettée dun chacun par rapport aux belles qualitees dont elle etoit douée.  4 couvreurs d’ardoise voullant faire oster les fenetres audessus du grand salon, quelques pierres tomberent et les blesserent tous quatre,mais les blessures ne sont pas mortelles.  Je vins icy samedy par ordre de S. A., qui m’ordonna dabord de voir la chapelle de la cour, pour la rasseurer et me chargeat ensuitte de prendre le plan de l’hotel d’Orange, celuy d’Egmont et la maison du prince Latour avec celle du marquis de Westerloo, ce que j’ai achevé hier.  Après avoir vus et examiné tous les endroits, S. E. le Grand Maitre vient de me dire qu’Elle a resolu de rester a l’hotel d’Orange et lui a la maison du marquis  de Westerloo.  Il me paroit que le choix est bon et qu’on ne pouvoit pas en faire de meilleur.  La princesse Latour est venue expres a Bruxelles pour offrir sa maison, ce qui at ete fort agreablement recus de S. A. comme aussi les etats de Brabant, qui ont plaint le malheur arrivez, avec offre de faire tout ce qui pourra dependre d’eux, affin que la cour puisse se rebastir, pour lequel il faudrat au moins quatre a cinque annees, lorsqu’il y aura de l’argent et des personnes pour le conduire avec vigueur. »   


Place royale

lundi 27 février 2012

Marie de Médicis et Gaston d'Orléans à Bruxelles, 3e partie


Le 12 mai, le duc d’Orléans signa un traité d’alliance avec l’Espagne. Gaston s’engageait à ne faire aucun accommodement avec le roi son frère et à combattre pour le roi d’Espagne contre la France.
Cet engagement solennel n’empêchait par Gaston de continuer les arrangements sur son retour avec le cardinal.

Louis XIII

Ce traité vint naturellement aux oreilles de Richelieu qui en fût fort irrité. Avant toute chose, il fallait engager le duc d’Orléans à rentrer dans le royaume. Sur les conseils de son ministre, le roi activa le procès en nullité du mariage de Gaston et de Marguerite. Comme on pouvait s’y attendre, le parlement déclara la nullité du mariage.

Gaston ne s’attendait pas à une telle rigueur. Il comprit que le cardinal allait lui déclarer une guerre acharnée s’il ne se hâtait pas à consentir une réconciliation.
L’acharnement de sa mère contre Puylaurens allait croissant, et il pouvait craindre à toute heure un nouvel assassinat ; la princesse de Phalsbourg le faisait trembler par ses emportements ; le duc d’Elbeuf était passé dans le parti de sa mère. Tous, de concert, le surveillaient, l’épiaient. Gaston comprenait encore que les Espagnols ne songeaient nullement à remplir les conditions du traité. Et pour cause.
Les hésitations espagnoles, les résolutions inébranlables de Richelieu, la reine-mère et ses partisans, tout cela fit réfléchir Gaston d’Orléans. Il devait absolument rentrer dans les bonnes grâces du roi son frère. L’ambassadeur de Louis XIII qui se trouvait encore à Bruxelles, s’aperçut de ce revirement. Il vint proposer au prince un accommodement qui l’accepta. L’ambassadeur partit immédiatement pour Paris. Devant les circonstances, Gaston se résignait aux volontés du roi, renonçaient à tous les traités qu’il avait signé, mais demanda toutefois l’agrément de sa majesté pour son mariage avec Marguerite. Le roi reçut avec plaisir les ouvertures de son frère, redevenu sage. Louis lui accorda son pardon, rétablit Gaston dans tous ses biens. Delbène, l’ambassadeur français, revint à Bruxelles, avec la lettre du roi. Il retrouva le duc d’Orléans toujours dans les mêmes dispositions. Gaston s’ennuyait beaucoup, désespérant ne jamais revoir la France, de ne jamais vaincre Richelieu avec l’aide des Espagnols. Il croyait même être l’objet de la haine des Bruxellois, il n’osait plus sortir que la nuit.

Le cardinal de Richelieu

Malgré le grand soin qu’il mît à cacher ses négociations avec Richelieu, une rumeur d’un rapprochement entre les deux frères se mit à circuler à Bruxelles. Elle vint aux oreilles du marquis d’Aytona. Gaston s’était rendu à Dinant pour attendre la copie du traité de réconciliation qu’il avait signé. il eut la surprise d’y trouver d’Aytona. Inquiet, il commença par se plaindre au marquis espagnol des mauvaises langues qui cherchaient à le brouiller avec l’Espagne. Il s’aperçut bientôt que l’Espagnol en savait autant que lui sur ce traité. Narquois, le marquis offrit à Gaston de le conduire jusqu’à la frontière avec tous les honneurs dus à un si grand prince, si celui-ci voulait bien l’avertir du jour de son départ. Il ajouta que sa majesté catholique le roi d’Espagne, loin de s’opposer à ce départ, serait la première à l’y engager. Embarrassé, le prince français ne sachant que répondre, chercha à nier le traité, sans y parvenir. S’apercevant de son embarras, le comte de Sallazar demanda à d’Aytona pourquoi son altesse Gaston d’Orléans ne lui tenait pas de grand discours comme à l’ordinaire – Sa Alteza quiere scapar (Son altesse veut prendre la fuite) - répondit d’un ton méprisant le marquis. Revenu à Bruxelles, Gaston y trouva le traité et son départ fut fixé au dimanche d’après. Du mercredi au samedi, il feignit d’éprouver de violentes douleurs de goutte et ne quitta pas le lit. Le samedi, il se promena toute la journée et fit ses visites accoutumées. Enfin le dimanche (8 octobre), à huit heures du matin, il monta à cheval, sous prétexte d’aller chasser le renard. Suivi de dix ou quinze des siens, il sortit par la porte de Halle. Avant de quitter Bruxelles, indécrottable, Il mentit encore aux bourgeois qui gardaient la porte. Il leur recommanda de lui faire tenir une messe prête aux Cordeliers, pour l’entendre au retour de sa chasse. Il s’enfuit ainsi sans un mot d’adieu à sa mère, à son épouse Marguerite de Lorraine et à ses hôtes. Il les abandonnait à leur sort.

Gaston duc d'Orléans

Le marquis d’Aytona regretta que le duc d’Orléans ne lui eût pas annoncé son départ, ce qui l’avait empêché de lui rendre tous les honneurs dus à sa qualité.

Les guerres devenaient de plus en plus impopulaires en France. Marie, restée à Bruxelles, jugea cette disposition d‘esprit favorable à ses intérêts. Elle adressa de nouvelles exhortations à son premier fils en faveur de la paix avec l’Espagne. Elle offrait sa médiation entre lui et son gendre, elle renouvelait par la même occasion, ses instances pour rentrer en France. Mais ce qu’elle ne savait pas, c’est que celui qu’elle avait choisi pour faire parvenir ses lettres au roi, un certain Giulio Mazzarini, nonce du pape, avait déjà choisi le camp de Richelieu qui appréciait ses talents. Aussi le futur cardinal de Mazarin ne mit aucune chaleur à servir la reine-mère. De toute manière Richelieu était bien résolu à ne pas demander la paix et surtout à ne pas la faire par l’entremise de Marie.

Marie, fatiguée d’avoir traîné pendant sept ans sa vie dans l’exil, faisait encore de nouvelles offres d’amitié et de soumission à son ministre. Toujours soucieux de maintenir séparée la famille royale, le cardinal lui faisait répondre que le maintient de la paix du royaume s’opposait à son retour en France. Il désirait, toutefois lui voir choisir sa résidence ailleurs que chez les ennemis de l’Etat, et que si elle s’établissait à Florence, sa patrie, elle y pourrait jouir de tous ses revenus, et y recevoir un traitement conforme à sa dignité.
Marie avait quitté Florence trente-huit plus tôt. Elle regardait comme la dernière des humiliations d’y retourner, au sein d’une famille qu’elle ne connaissait plus. Par ailleurs, elle se figurait toujours que son premier fils n’avait que peu de mois à vivre. Elle voulait être assez proche pour venir en tout hâte réclamer la régence durant la minorité de son petit-fils. Toutefois, elle crut qu’il valait mieux pour elle sortir d’un pays en guerre avec la France quoiqu’elle n’eût qu’à se louer de la générosité de son gendre le roi d’Espagne Philippe IV.


Marie quitta Bruxelles, le 10 août 1638, avec l’intention de prendre les eaux à Spa. Elle changea d’avis en chemin. Elle profita de l’occasion pour accepter l’invitation du prince d’Orange et se rendre en Hollande.

Gaston d’Orléans reconnut l’autorité royale, et Marie de Médicis, après la Hollande, reprit le chemin de l’exil. Il devait la conduire à Cologne où elle mourut après avoir porté en Angleterre le poids de son amère tristesse.

L’appartement qu’habita Marie de Médicis au palais de Bruxelles avait une vue sur le parc et se composait de quatre pièces tapissées de toile d’or et de satin blanc brodé, d’une magnifique chambre à coucher ornée, ainsi qu’un cabinet attenant, de tableaux de grands prix.

La cour brûlée aujourd'hui - Place royale
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Marie de Médicis à Compiègne

mardi 21 février 2012

Marie de Médicis et Gaston d'Orléans à Bruxelles, 2e partie


Les préparatifs de guerre du duc de Lorraine, Charles IV, inquiétait Richelieu. Il se mit en campagne contre lui. Charles IV appela son beau-fils à son secours. Avec ses troupes, Gaston devait faire diversion en France. Le duc d’Orléans quitta donc Bruxelles le 18 mai 1632, pour rejoindre son armée.

« l’infante ne se contenta pas d’avoir si bien fait l’honneur de sa maison pendant quatre mois ; elle voulut continuer à Monsieur et aux siens les effets de sa générosité et de sa magnificence jusqu’à son départ » dit la chronique qui ajoute :
«  Il n’y eut prince, seigneur, ni aucun officier principal qui ne reçut son présent, ou de pierreries ou de chaînes d’or, avec la médaille du roi d’Espagne. Elle eut soin de faire compter plusieurs coffres d’habits de guerre, linges et autres hardes pour l’usage de Monsieur, et lui fit compter, par son pagador, 100.000 patagons pour les frais de son voyage. Ainsi Monsieur se sépara avec beaucoup de satisfaction et de ressentiment des faveurs et bons traitements de cette princesse, après avoir pris congé de la reine sa mère, et reçu de toutes deux les souhaits d’un heureux voyage. Il fallut dire adieu à Doña Bianca, fille de Don Carlos Colonia, qui était une suivante de l’Infante de laquelle Monsieur s’était déclaré galant, pour s’assurer que sa passion ne le quitterait point, encore qu’il fut contraint de se séparer d’elle. Les autres filles du palais eurent aussi chacune leur galant français, de qui elles recevaient tous les jours les soins, mais c’était à l’espagnole, ne se voyant que par une jalousie fort haute, d’où il était très difficile de se faire entendre, et il n’y avait qu’aux jours d’audience qu’il était permis aux cavaliers d’entretenir leurs dames à la vue de l’infante et de toute la cour. »
Le palais et l’entourage d’Isabelle offraient tout le caractère d’une cour espagnole, on y parlait la langue, et on retrouvait toutes les traditions graves et religieuses puisées dans les souvenirs de l’Escurial. Comme à la cour de Madrid, les hommes se trouvaient rigoureusement séparés de l’habitation des femmes. L’atmosphère du palais sous les archiducs ressemblait à celle de l’un de ces anciens monastères de la Castille.


De Bruxelles, le duc d’Orléans se rendit d’abord à Trèves, où les troupes étaient réunies. il entra en France. Après une campagne militaire désastreuse et la défaite de Castelnaudary, le duc d’Orléans chercha, une seconde fois, refuge à Bruxelles. Il y arriva le 21 novembre. L’archiduchesse le reçut avec les plus grands témoignages d’affection. il fut logé au premier étage du palais, dans l’appartement de l’archiduc, décédé en 1621. Il reçut une pension mensuelle de 30.000 florins. Gaston ne trouva pas sa mère à Bruxelles. Sous prétexte d’indisposition, Marie était partie peu de jours avant pour Malines. La reine-mère ne désirait pas voir son fils, mécontente de sa conduite en France. Gaston lui rendit cependant visite à Malines. Ses tentatives pour la faire revenir à Bruxelles demeurèrent vaines. Elle persistait à vouloir se retirer à Gand. De retour à Bruxelles, dans le tourbillon des fêtes et des plaisirs, Gaston recommença à comploter contre son frère et Richelieu.

La seconde retraite de Gaston en Flandre donnait des sujets de craintes à Richelieu. L’héritier présomptif de la couronne était aux mains de l’ennemi et s’était engagé à servir sous son étendard. Comment lui faire la guerre au nom d’un roi dont la moitié de la France attendait la mort tous les six mois ?

Gaston cherchait à prouver aux Espagnols qu’il n’était pas aussi lâche que l’avait laissé croire l’affaire de Castelnaudary. Malgré les conseils de l’Infante, il voulu suivre l’armée espagnole qui s’avançait au secours de la ville de Rhinberg, assiégée par les Hollandais. Les Espagnols arrivèrent trop tard. La ville était tombée. Sans avoir pu montrer son courage, Gaston retourna à Bruxelles. Instable, il envoya l’un de ses proches au cardinal de Richelieu, pour tenter une réconciliation. Cette démarche maladroite ne servit qu’à éveiller les soupçons de la reine-mère, elle craignait qu’on ne fit un traité sans elle. Marie revint au plus vite à Bruxelles pour surveiller toutes les actions de son fils et peut-être même dans l’espoir secret de profiter de l’accommodement qui pourrait se faire.

En août 1633, finalement lassé des agissements de Charles IV, Louis XIII entra avec son armée en Lorraine. Lorsqu’il eut la confirmation du mariage de son frère, il voulut se saisir de son épouse, Marguerite de Lorraine. Celle-ci, déguisée en homme, visage barbouillé de suie, grande perruque noire sur la tête, s’échappa de Nancy. Elle traversa dans cet accoutrement les lignes françaises. En sûreté à Thionville, place forte espagnole, elle quitta son déguisement. Gaston, instruit de son arrivée, vint au devant d’elle à Namur. Le lendemain, ils partirent tous deux pour Bruxelles. Le 6 septembre 1633, l’infante se porta à leur rencontre, à une demi lieue de Bruxelles. Une haie d’honneur composée de bourgeois en armes les escorta. Le lendemain il y eut fête à la cour ; on y dansa au son des castagnettes et des guitares
Cette évasion réussie excita au plus haut point la colère du roi et de son ministre.


Implacable, Richelieu poursuivait toujours Marie avec le même acharnement. Le cardinal aimait mieux voir Marie à Bruxelles qu’à Paris. Il redoutait toujours de se trouver en présence de son ancienne bienfaitrice, ou de laisser réveiller en Louis un sentiment filial pour sa mère.
Tout cela n’empêchait pas les négociations entre Marie, Gaston et le cardinal. Toujours sans succès par ailleurs, chacun jouait ses propres cartes.
Sans cesse, Marie redoublait ses demandes d’autorisation de rentrer en France. Mais, la découverte de complots pour assassiner Richelieu vint fort à propos fournir un motif pour ne pas la laisser revenir.

Un gentilhomme champenois, Alpheston, avait été condamné à être rompu vif pour avoir tenter d’assassiner le cardinal. Deux soldats partis avec lui de Bruxelles l’avaient dénoncé. Un autre, Chavagnac, fut accusé d’avoir essayer d’empoisonner Richelieu au moyen d’une lettre ; un prêtre d’avoir voulu le faire mourir par des imprécations magiques prononcées au cours d’une messe. Tous furent exécutés. Mais ce qui importait davantage au cardinal, tous accusèrent le père Chanteloube et l’intendant de Marie, La Roche, de les avoir recrutés. Les deux intimes de Marie, furent condamnés par contumace à périr sur la roue et par la même occasion, Du Fargy, autre proche de Marie, fut condamné à être tiré par quatre chevaux et être écartelé vif pour crime de lèse-majesté. Richelieu persuada le roi qu’il ne pouvait y avoir réconciliation avec la reine-mère sans qu’elle ne se justifie des accusations portées contre elle et qu’elle ne livre les responsables des attentats. Bien que mère de Gaston, elle ne lui ressemblait pas sur ce point, elle n’abandonnait pas ses gens à Richelieu. Le retour de Marie dépendait de ces conditions, ce qui le rendait évidemment impossible.

Bien que son séjour soit agréable, Gaston, de son côté commençait à s’ennuyer, la France lui manquait. Au commencement de l’année suivante, Richelieu, voyant que ces négociations n’aboutissaient à aucun résultat, pressa l’annulation du mariage de Gaston.
La mort de l’archiduchesse Isabelle, arrivée le 1er décembre 1633, enleva à Gaston sa protectrice la plus dévouée et la plus sincère. Le marquis d’Aytona la remplaça provisoirement. Ni Marie, ni Gaston, ne se croyaient aussi assurés de sa bienveillance. Il est vrai que par leurs intrigues continuelles, l’un et l’autre fatiguaient de plus en plus leurs protecteurs espagnols. Marie était dominée par le père Chanteloube, Gaston, par son favori Puylaurens. Ces deux hommes se haïssaient. Tous les moyens leurs étaient bons pour faire éclater leur haine. Il y eut plusieurs duels entre les gentilshommes des deux camps. Le marquis d’Aytona en était arrivé à dire que les gens de la reine-mère et ceux de Monsieur lui causaient plus de soucis qu’il n’en avait à gouverner tous les sujets du roi. Dès lors la mère et le fils étaient mal ensemble. Pour s’éloigner de la cour, Marie prétexta une maladie. Elle quitta Bruxelles pour Gand.


Le décès de l’Infante faisait désirer plus que jamais à Gaston une réconciliation avec son frère. Les négociations entre Gaston et Richelieu recommencèrent. Il y avait lieu de croire que cette fois, on ne tarderait pas à s’entendre. Malheureusement, le 3 mai 1634, un événement imprévu vint rompre brusquement les pourparlers.
Entre huit et neuf du matin, Puylaurens, montait le grand escalier du palais. Un homme, auquel il n’avait prêté attention, lui tira un coup de mousquet et s’enfuit sans qu’on pût l’arrêter. Le tireur abandonnait son manteau et son arme recouverte de taffetas noir. Mais heureusement pour le favori, la charge trop réduite de poudre ne fut pas assez puissante pour chasser avec force les balles. On retrouva dans la cour, par la suite, vingt-cinq petites balles d’étain. Puylaurens n’eût qu’une légère blessure à la joue ; ses cheveux avaient amorti la décharge. Deux gentilshommes, qui l’accompagnaient, furent également blessés.
Gaston était alors dans son cabinet. Il jouait aux cartes avec le duc d’Elbeuf et Vieux-Pont. Au bruit, il courut l’épée à la main. Il croisa Puylaurens qui lui raconta ce qui venait d’arriver. Gaston fit aussitôt avertir le marquis d’Aytona. Il demanda justice contre le coupable. Le marquis assura hautement que ce crime ne resterait pas impuni, il y allait de l’honneur du roi et de ses ministres. Pour toute enquête, le marquis se borna à faire exposer, pendant trois jours, sur la grand’place, aux portes de l’hôtel de ville, le manteau de l’assassin et à faire arrêter deux pauvres soldats qu’on relâcha peu après. Le manteau ne fut pas reconnu et fut retiré. D’Aytona abandonna les recherches. Pour lui, l’affaire était claire : un règlement de compte entre Français.

Comme il arrive ordinairement dans ces sortes d’affaires, tout le monde fut accusé de ce crime. Les Espagnols, Paris, la princesse de Phalsbourg, ancienne maîtresse de Puylaurens et un ancien conseiller de Gaston, furent tour à tour accusés. Mais pour Gaston et Puylaurens, le père Chanteloube, conseiller de la reine-mère, était l’instigateur de crime. Ils appelèrent cette tentative d’assassinat la chanteloubade et accusèrent de complicité Marie. Celle-ci protesta, comme elle l’avait fait contre les accusations du cardinal et par le passé contre celles de l’assassinat de son mari. Elle ne gardait, disait-elle, pas d’assassins dans sa maison. Cette brouille ouverte entre le fils et la mère rendait encore plus pénible leur séjour à Bruxelles. Chacun de son côté négociait de plus en plus le retour en France. Exigeant toujours la remise des présumés coupables comme conditions au retour de Marie, Richelieu se montrait plus coulant avec Gaston. Mais celui-ci, capricieux, inconséquent et menteur, n’arrivait pas à se décider.
A suivre…

Louis XIII et Richelieu


vendredi 10 février 2012

Marie de Médicis et Gaston d'Orléans à Bruxelles - 1ere partie


La cour brûlée
                                                
En 1631, Bruxelles vit arriver la plupart des ennemis du cardinal de Richelieu, les ducs de Vendôme et de Bouillon, le seigneur de Sedan et la reine-mère Marie de Médicis, veuve d’Henri IV et mère Louis XIII.
 
Arrivée de Marie de Médicis au palais de Bruxelles
Le 13 août, accompagnée de l’Infante Isabelle, la reine-mère de France entrait solennellement dans Bruxelles.  Déjà, à quelques distances de la cité, rangés de chaque côté de la route, en haie d’honneur, dix enseignes de bourgeois et les cinq serments de Bruxelles lui présentaient les armes.  A la porte d’Anderlecht, trois cents bourgeois se tenaient sur les remparts.  Les bourgeois et les canonniers bruxellois saluèrent l’arrivée du cortège, par des salves de mousqueterie et d’artillerie.  A l’entrée de la ville, pour que le peuple puisse suivre la réception, les autorités avaient élevé un théâtre drapé d’écarlate.  Sur cette scène, symboliquement, l’amman et le magistrat présentèrent à Marie de Médicis, dans un bassin d’argent, la clef d’or de la ville.  Placés dans une tribune, à côté de ce théâtre, douze musiciens accompagnaient de leurs instruments la cérémonie.  Dans un discours, le pensionnaire Charles Schotte glorifia la reine-mère de France, cette Junon veuve de son Jupiter.  Ensuite, le cortège se remit en route au son de la cloche de l’église Saint-Nicolas.  Arrivé sur la grand’place, magnifiquement décorée et illuminée, le cortège fut salué par un feu de mousqueterie de trois cents autres bourgeois.  Au palais, le premier maître d’hôtel, d’Andelot, complimenta Marie de Médicis.  Le lendemain, le magistrat lui offrit le vin d’honneur dans de grands vases rouges à anses dorées, privilège que la ville n’offrait qu’aux souverains.  Les conseils du gouvernement, les cours de justice, la noblesse, vinrent ensuite saluer Marie.  Les jours suivants, la reine alla visiter les principaux édifices de la ville, Sainte-Gudule, la nouvelle église du Bon-Secours et Laeken.  Le couvent des Jésuites lui offrit de nombreux divertissements : jets d’eau, ballets, feux d’artifice, combats de bêtes sauvages. 

Marie de Médicis
                                                           
Par certains côtés, Bruxelles valait bien Paris. 

Naturellement, toutes ces prévenances étaient dictées par la politique.  Marie se trouvait être en même temps la belle-mère du roi d’Espagne, Philippe IV et la mère du roi de France, Louis XIII.  Entre les deux pays, les luttes commencées sous Charles-Quint continuaient encore.  C’était donc, pour l’Espagne, un énorme avantage que d’avoir chez elle, à Bruxelles, la reine-mère de France. 

En effet, dans une lettre datée du 30 septembre 1631, l’infante Isabelle écrit ceci à Philippe IV :

« La venue aux Pays-Bas de Marie de Médicis est toute spontanée…on est d’avis à Bruxelles que les circonstances présentes fournissent une occasion excellente de semer la discorde en France et d’immobiliser de la sorte Louis XIII.  A entendre Marie de Médicis et le duc, ils ont beaucoup de partisans en France ; de fait cela n’est pas prouvé…  »



Quelles étaient donc les raisons de la « venue spontanée » de Marie de Médicis chez l’ennemi ?

Depuis des années Richelieu s’était installé entre la roi et la reine-mère.  En 1630, Richelieu que l’on croyait, après la fameuse journée des dupes, disgracié, chassa, à sa manière – accusation, arrestation, condamnation - tous ses ennemis d’auprès du roi.  L’année suivante, le 31 janvier, en colère contre l’influence grandissante du ministre, le frère du roi, Gaston d’Orléans menaça publiquement Richelieu.  Puis, prudent, sans attendre, il se retira, chez lui, à Orléans.
Marie de Médicis et son second fils Gaston n’attendaient qu’une occasion pour évincer l’encombrant cardinal.  Le ministre prit les devants. 
Sur ses conseils, le 17 février 1631, Louis XIII, prétextant une chasse, pria sa mère de l’accompagner.  Sans se douter du piège, Marie se rendit à Compiègne.  Le 23, pendant le sommeil de sa mère, le roi se retira.  Il la laissa seule et prisonnière.



Les confidents de Marie, presque tous acquis au cardinal, l’effrayaient.  Ils lui racontaient que le but de Richelieu était de la tenir éloignée de la cour, de la renvoyer en Italie, enfin de se débarrasser une fois pour toute d’elle et de ses continuelles intrigues.  Ce qui était vrai.  Elle prit peur et se sauva en Flandre au grand contentement du ministre qui la laissa filer.

Gaston d’Orléans, inquiet de la tournure des événements, tenta alors de se rebeller.  L’armée royale commandée par Richelieu se porta à sa rencontre.  A son approche, il s’enfuit et se réfugia en Lorraine. 

Le départ de Marie et de Gaston, ses deux ennemis, augmenta considérablement la puissance du cardinal.  Il dirigeait seul le roi et de la main gauche, il tenait le sceptre. 

Marie de Médicis prit ainsi le chemin de Bruxelles accompagnée de la comtesse de Moret, du jeune marquis de Vardes et de quelques gentilshommes dévoués.  Les duchesses de Roannez et d’Elbeuf les rejoignirent bientôt.
 
Le roi apprit par son ministre la fuite de sa mère et sa colère contre elle fut très grande.

A présent, seul véritable maître à bord, Richelieu travaille à punir ses ennemis, la reine-mère, Gaston et leurs partisans.

Craignant que les décisions de justice du parlement soient contraires à sa volonté, Richelieu fit ériger de nouveaux tribunaux.  Le parlement se plaignit, le ministre menaça et tout devint silence.  Dès lors, les commissaires nommés par le cardinal exercèrent sa justice.  Des commissaires courtisans qui regarderont plus le pouvoir qu’ils n’écouteront les accusés.

Une chambre s’assembla pour faire le procès des proches et de tous ceux qui avaient suivi Marie de Médicis.  Deux intimes de la reine-mère, un astrologue et un médecin, Senelle et Duval, furent les premières victimes.  On les condamna aux galères.  Le marquis de la Vieuville, le duc de Roannez et la comtesse du Fargis furent condamnés à être décapités en effigie.  On confisqua les biens de la comtesse de Moret et de son fils, des marquis de Boissy et de Sourdéac, des ducs de Roannez, d’Elbeuf et de Bellegarde et du président Le Coigneux.  Le duc d’Elbeuf fut encore privé de son gouvernement de Picardie.  On le donna au duc de Chevreuse, dont l’épouse réconciliée avec le cardinal, obtint la permission de revenir à la cour.  Raccommodé avec cette duchesse, Richelieu n’avait-il pas envie de vaincre enfin les rigueurs et les dédains de la belle, en procurant un bienfait à son époux ?  D’une pierre, deux coups ! Le prince de Condé eut le gouvernement de la Bourgogne enlevé au duc de Bellegarde. 


Dans la même barque, le roi et le cardinal

A Bruxelles, Marie ne restait pas inactive.  Elle se jeta dans une guerre de protestations contre les mauvais procès faits à ses gens.  Elle publia des déclarations.  Elle envoya des manifestes au parlement de Paris qui se taisait.  Elle écrivit au roi, une longue lettre dans laquelle « elle protestoit que son départ n’étoit pas volontaire, mais nécessaire par les persécutions incessantes du cardinal. »

Le comte de Moret, fils naturel d’Henri IV, et le duc d’Elbeuf vinrent aussi la rejoindre à Bruxelles.

Isabelle fit les honneurs de la Flandre à la reine-mère.  A Anvers, l’archiduchesse voulut que Marie donnât sa bénédiction à la flotte qui devait combattre les Hollandais.  Ce qui ne portât pas bonheur à cette flotte qui peu après fut totalement défaite. Cela n’empêcha pas l’Espagne de verser à Gaston d’Orléans, 325.000 florins pour la subsistance de sa maison et la levée de troupes contre Louis XIII. 

Gaston, toujours en Lorraine, qui voyait l’impossibilité du duc à l’aider dans ses projets de guerre, pensait plus que jamais à traiter directement avec l’Espagne.  Pour cela, il avait envoyé son confident Puy-Laurens à Bruxelles. Celui-ci devait s’entendre avec les Espagnols et ménager pour Gaston, une retraite en Flandre, dans le cas où il se verrait forcé de quitter la Lorraine. 

Richelieu le tenait à l’œil. 

Aussi, Louis XIII sous prétexte de protéger le duc de Lorraine de ses ennemis, lui envoya un ultimatum : le duc ne devait donner ni retraite, ni assistance à Monsieur le duc d’Orléans et à la reine-mère.  Obligé dès lors de quitter la Lorraine, Gaston se maria en toute hâte, presque clandestinement avec Marguerite, la fille de son hôte.  Ce mariage, non autorisé, déplut beaucoup au roi et à Richelieu.



Gaston arriva à Bruxelles le 28 janvier 1632.  L’infante lui fit un accueil des plus gracieux.  Toute la cour vint devant lui.  On y remarqua le marquis d’Ayetona, Don Gonzalez de Cordua et le duc de Veraguaz.  Gaston fut logé dans le principal appartement du palais, des tables y étaient préparées pour lui et toute sa suite, servies par les officiers de l’Infante.

Pendant que, dans la capitale des Pays-Bas, les fêtes se succédaient dans la joie et l’insouciance, à Paris on vivait dans l’épouvante.  La vengeance de Richelieu s’abattait partout.  Malgré les protestations de Marie et de Gaston, les procès se succédaient et les condamnations à mort tombaient comme des couperets sur les familiers des deux exilés.    
Marilly pour corruption, la Vieuville pour avoir suivi Monsieur en Lorraine, le duc de Rouannes, pour fausse monnaie, un pauvre soldat nommé Levenant, pour avoir distribué des placards et libelles de Monsieur….

Richelieu, un tout petit peu hypocrite, dit au sujet des condamnations : « Je n’aurais pas cru que l’affaire en dût aller jusque-là ; mais apparemment les juges (entendez les commissaires) ont des lumières (entendez le cardinal) que les autres n’ont pas. »

Pendant ce temps, à Bruxelles, fêté par les Espagnols, Gaston dansait.  Dépensier et insouciant, il laissait sa mère engager, à Amsterdam, ses bijoux  et traiter avec l’Espagne, l’empereur et le duc de Lorraine, qui tous espéraient que cette guerre civile promise par les deux fugitifs ferait diversion et empêcherait Louis XIII de se joindre au roi de Suède, Gustave-Adolphe, pour combattre la maison d’Autriche. 


A suivre…


lundi 14 novembre 2011

Un dauphin de France à Bruxelles, dernière partie

La cour de Bruxelles
                             
Au mois de juillet de la même année, promise depuis six ans au dauphin, Charlotte de Savoie arrive à Namur.  La jeune fille a quinze ans.  A l’occasion de cette réception, on célèbre une grande cérémonie religieuse. 

Et le 13 décembre 1458, malgré leurs différents, Louis annonce à son père la grossesse de Charlotte : «  Grâce à Dieu, je puis vous le signifier, ainsi que je le dois, comme chose sûre, car elle a senti plusieurs fois bouger son enfant, ce dont vous serez bien joyeux.  Et qu’il vous vous plaise m’avoir et me tenir toujours en votre en votre bonne grâce et me mander vos bons plaisirs pour que je les puisse accomplir. » .

En juillet 1459, la dauphine accouche d’un fils au château de Genappe.  Le dauphin s’empresse de l’écrire au roi.  «  Mon très-redouté seigneur, il a plu à notre béni Créateur et à la glorieuse Vierge sa mère de délivrer aujourd’hui ma femme d’un beau fils, dont je loue mon béni Créateur, et le remercie très-humblement de ce que, par sa clémence, il lui a plu si bénignement me visiter, et me donner connaissance de ses grâces et bontés infinies.  Laquelle chose je vous signifie en toute humilité, afin de toujours vous donner de mes nouvelles et encore plus quand elles sont bonnes et joyeuses, comme raison est, et comme j’y suis tenu. ». 

Dans une lettre, le roi félicite le dauphin. 

A Bruxelles, le duc fait éclater un bien plus grand enthousiasme à l’annonce de l’heureux événement.  Pour la bonne nouvelle, l’envoyé du dauphin reçoit mille écus d’or.  Partout, on chante des Te Deum.  Des feux de joie sont allumé.  Le dauphin a choisi pour parrains du nouveau-né, Philippe et le sire de Croy.  Madame de Ravenstein aura l’honneur d’être marraine.  On baptise l’enfant, que l’on nomme Joachim, dans l’église de Genappe.  Dans cette petite église, jadis, avait été baptisé Godefroid de Bouillon.  Un heureux présage pour la croisade projetée ?  Dignes de la cour de Bourgogne, les présents offerts  à cette occasion sont magnifiques. 
Malheureusement, quatre mois plus tard, l’enfant va mourir.  On l’inhumera dans l’église de Halle.  A Bruxelles, le duc fera faire ses obsèques.

L’hospitalité généreuse accordée au dauphin brouille sérieusement Philippe avec le roi de France.  Pour reprocher au duc sa conduite, Charles VII lui envoie, à plusieurs reprises, des ambassades.  La guerre menace entre les deux hommes.  De part et d’autre, des troupes renforcent les frontières.   

Fin décembre 1459, une ambassade, envoyée par Charles VII  arrive à Bruxelles.  La délégation conduite par l’évêque de Coutance sollicite une audience publique au duc.  Philippe accorde la demande des Français.  Patient, pendant plus de deux heures, il écoute le discours de l’ambassadeur.  L’évêque dit au duc le mécontentement du roi de France à son égard.  Selon Charles VII, Philippe, par ruse, avait attiré à lui le dauphin.   Il le détenait en ses pays contre le gré et la volonté du roi.  Lui, évêque de Coutance  était chargé par le roi de France d’exhorter formellement le dauphin à rentrer dans son devoir.

Dans la grande salle du palais, celle où plus tard Charles-Quint abdiquera, l’évêque d’Arras répond pour le dauphin.  Il ne montre pas moins d’éloquence que l’ambassadeur de France.  Il s’étend d’abord longuement sur les louanges du roi, sur ses conquêtes.  Ensuite, il parle de la tendresse du prince pour son père.  Après avoir rapporté tous les exemples d’obéissance donnés par le dauphin, l’évêque d’Arras revient aux motifs de crainte qui peuvent le retenir en Bourgogne.  Enfin, il finit par prier Dieu que le roi ait compassion de son fils et qu’il veuille bien le laisser en repos dans l’honorable réception où il se trouve, en l’hôtel de son oncle.  Le discours de l’évêque d’Arras terminé, Philippe se lève.  A son tour, il prend la parole.  Devant tous, d’une voix claire et forte, le duc de Bourgogne contre-attaque.  Il réfute les accusations de l’évêque de Coutance :
 « Il semble, de la façon dont on parle, que j’aurais séduit et attiré monsieur le dauphin dans mes états ; mais il est notoire que la chose n’est pas ainsi.  Monsieur Louis est venu chercher ici sa sûreté, à cause de la crainte qu’il a du roi son père.  C’est pour l’honneur du roi que je l’ai reçu et soutenu de mes biens ».  Le duc ajoute que le dauphin est libre de rester dans ses pays tant qu’il lui plaira et lorsque monseigneur Louis  voudra  retourner chez son père,  il le fera accompagner par son fils, le comte de Charolais ou par lui-même. 

Charles VII
                               

Loin des soucis de son bel oncle, le dauphin séjourne tantôt à Genappe, tantôt à Bruxelles où sa présence à la cour crée des dissensions.  Le 21 mai 1461, une fille lui naît au château de Genappe.  Cette enfant reçoit le nom d’Anne.  Plus tard, Anne épousera le seigneur de Beaujeu, sera régente de France et tutrice de son frère, le futur Charles VIII.  

Philippe dont les facultés commencent à s’affaiblir, loin de s’apercevoir des manoeuvres de son hôte, continue à lui montrer la plus grande déférence.  Son fils Charles en fait souvent les frais.
Ce jour-là, dans la forêt de Soignes, Louis de France et Charles de Bourgogne chassent.  La fougue qu’ils mettent à courir le gibier les sépare du groupe.  Ils s’égarent chacun de leur côté. Complètement perdu, Louis avance au hasard dans la forêt.  Quand le soir arrive, Charles retrouve le palais.  Le dauphin n’est pas encore rentré.  Dans la cour, à peine met-il pied à terre qu’il monte voir son père.  Lorsque le duc voit son fils venir à lui, seul, il lui demande des nouvelles du dauphin.  Charles n’en a aucunes,  Il s’est lui-même égaré pendant la chasse.  A ces paroles, Philippe se fâche et entre, une fois de plus, dans une colère contre son fils.  Le duc lui ordonne de retrouver au plus vite le dauphin.  Il lui défend de reparaître devant lui avant de l’avoir retrouvé.  Bousculé de la sorte, le comte remonte à cheval et retourne dans la forêt.  Son père le fait accompagner par des gens à cheval portant des torches.  Tout ce monde, sans succès, bat la forêt, crie, appelle.  Inutilement, la lumière des torches éclaire les arbres, les sentiers, les chemins.  Toute une partie de la nuit se passe, de cette manière, en vaines recherches.  Inconscient des alarmes provoquées chez les Bourguignons par sa disparition, le dauphin reparaît tout à coup.  Son errance l’avait conduit jusqu’à huit lieues de Bruxelles.  Un paysan, auquel il avait donné une pièce d’or, l’avait remis sur le bon chemin.  Soulagé, le duc donna à cet homme une belle récompense.

Louis XI
                               

La mort de Charles VII en 1461, rappela le dauphin en France.

A la tête d’une armée, Philippe le Bon conduisit Louis à Reims.  Il eut l’honneur de lui placer la couronne sur le front. 

Le bel oncle espérait que les services rendus à son neveu, avaient établi, entre les deux branches de la maison de France, des liens d’amitié durable.  Le réveil fut brutal.  Le duc de Bourgogne s’aperçut bien vite, qu’il n’avait fait que changer d’ennemi.  Louis, qu’il avait si généreusement accueilli n’avait jamais eu qu’un seul but : Sa ruine !

 
la cour brûlée